Le Bistrot des familles



Le quartier de la Bastille palpitait fébrilement ce vendredi soir. La rue de la Roquette dégorgeait sa foule. Clochards côtoyaient bobos qui piaillaient, une cigarette à la main. Le week-end s'annonçait festif.
Les bars regorgeaient de silhouettes bon chic bon genre. Toutes étaient interchangeables. Certains endroits, faute de places, les vomissaient jusque dans la rue. 
 Il était là, semblable à tous les autres de prime abord. Mais l’œil alerte remarquait tout de suite ses reposantes singularités.
Les gens ne s'y pressaient pas. Il y avait tout au plus une dizaine de personnes. Elles n'étaient ni habillées vintage, ni à la dernière mode, et les vieux côtoyaient les moins vieux dans une ambiance bon enfant. Il n'y avait pas de musique électro-quelque-chose qui avait la caractéristique de ne pas en avoir vraiment, et l'on ne se pressait pas pour y rentrer. Il y flottait un parfum d'intemporalité : celui qui passe les modes et suspend les années. Un lieu singulier qui arrêtait le regard, hypnotisait celui avait le mérite de s'y attarder.


AnnaJo Janisz

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